Mise à jour du 2 novembre 2022

Le rythme des ajouts d’articles de presse s’est un peu ralenti : les années 60 sont bien couvertes sur le Web, mais j’ai davantage de mal à trouver des scans de magazines pour les décennies qui suivent. Depuis la dernière mise à jour, le site s’est tout de même enrichi des articles suivants :

J’ai aussi créé une page pour l’EP solo de Dick Taylor Rocking the Stones. Merci à Philippe pour l’avoir suggéré !

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Mise à jour du 9 avril 2022

Que le temps file ! Cela fait plus d’un an que je n’avais pas fait d’annonce en page d’accueil, et Defecting Grey a fêté entre-temps ses six ans. On est encore loin de la longévité des Pretty Things, mais c’est déjà beaucoup ! Merci à toutes celles et tous ceux qui sont passés sur le site depuis sa création en 2016.

Même si je n’ai pas pu consacrer autant de temps au site que je le souhaiterais, voici tout de même une grosse mise à jour avec une refonte de la page Presse. Ce n’était jusqu’à présent qu’une liste de titres d’articles, sans grande valeur ajoutée : j’ai commencé à la remplir en ajoutant des scans et des transcriptions. J’espère que vous apprécierez la consultation de ces petits morceaux d’histoire !

Pour l’instant, je n’ai fait que défricher les années 1964 et 1965, mais la suite ne tardera pas à venir, c’est promis.

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Mise à jour du 8 mars 2021

J’espère que vous avez autant apprécié de lire les 31 Days of May de Mike Stax que j’ai apprécié de les traduire. Ça m’a tellement plu que j’en ai oublié de signaler l’anniversaire de Defecting Grey ! Le site est né le 18 janvier 2016, il fête donc ses cinq ans en 2021. Merci à tous les gens qui sont passés dessus et ont laissé des commentaires !

Parmi eux, merci tout particulièrement à Nick Warburton du blog Garage Hangover. C’est une ressource fabuleuse pour tous les fans de rock des Sixties, et il a généreusement partagé toutes les dates de concert des Pretty Things qu’il a pu trouver. La chronologie s’en trouve d’autant améliorée.

Un autre commentateur, jerome, m’a demandé si je pourrais traduire les paroles de l’album Savage Eye. C’est fait ! Vous trouverez les traductions en français de toutes les chansons de ce disques, de Under the Volcano à Drowned Man, sur leurs pages dédiées. J’en ai aussi profité pour ajouter un peu de texte à la fiche consacrée à l’album. C’est quelque chose que j’ai également fait sur S. F. Sorrow et que, à terme, je compte faire pour tous les disques. Il est grand temps que Defecting Grey propose davantage de contenu que de simples fiches signalétiques !

Pour finir, vous avez peut-être vu passer l’information ailleurs, mais Repertoire Records a annoncé la parution prochaine d’une nouvelle compilation d’enregistrements à la BBC. Elle s’appellera Live at the BBC, ce qui risque d’être source de confusion, puisque la précédente s’appelait aussi comme ça. Avec 6 CD, elle proposera plein de nouveautés inédites, ce qui est toujours appréciable ! Une version vinyle (3 disques) reprenant les meilleurs titres est également prévue.

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 32

Voici le trente-deuxième épisode (mais oui !) et dernier de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Old Man Going. Encore merci à lui de m’avoir permis de traduire ces textes ici.

31 DAYS OF MAY : Jour 32. De toute son œuvre avec les Pretty Things, c’est de S. F. Sorrow que Phil était le plus fier. Cet album n’a pas reçu l’accueil qu’il méritait à sa sortie, en 1968. Ce n’est que plusieurs décennies plus tard qu’il a fini par être reconnu comme l’un des albums fondamentaux de son époque, un chef-d’œuvre intemporel. L’avant-dernière chanson de S. F. Sorrow est l’une des plus puissantes, émotionnellement parlant, et c’est en grande partie grâce aux paroles de Phil, pleines d’un existentialisme sombre.

“Hopscotch of life will lead you to the grave
Wet faces line the street
They will not be saved
Black house you built it will soon disappear
Another corporation dig this year.”

L’intensité des paroles se reflète dans la musique tourmentée, avec sa guitare acoustique tendue, son rythme pulsant, ses harmonies pleines de cris et de soupirs et ses percées de fuzz en fusion. (Et oui, qu’on se le dise : cette intro à la guitare est sortie avant Pinball Wizard.)

Old Man Going est l’un des sommets de l’album et occupe une place de choix dans le répertoire scénique des Pretty Things tout au long de leur histoire. C’est une chanson que Phil interprétait toujours avec une intensité diabolique.

“Traffic thins as you drive slowly by
A friend wipes a flower from an eye
Streets filled with bouquets from a cloudy sky
They’ll soon forget the field in which you lie.”

En vieillissant, on peut perdre foi en l’humanité, et c’est ce dont parle la chanson. Dans le livret de l’album, Phil écrit : « Il retraça ses pensées au long des rues humides, des visages vides s’alignaient le long du trottoir. Ils ne seraient pas sauvés. » Encore une fois, Phil se retrouve seul dans les rues vides de la ville la nuit. « Son esprit fit la roue en voulant comprendre. Les usines à malheur ne firent que grandir et Chagrin ne fit que vieillir. »

On naît, on meurt, on vous oublie, fin : serait-ce le message de la chanson ? C’est peut-être ce que Phil ressentait quand il avait 23 ans. Mais en vieillissant, surtout au moment de ses soucis de santé vers la fin de sa vie, il a découvert que c’était faux. Qu’il est possible d’être sauvé. Qu’on continue à vivre dans les souvenirs et dans le cœur de celles et ceux qui vous aiment : vos amis, votre famille, les gens que vous avez touché d’une manière ou d’une autre. Avec son art, Phil a touché davantage de gens qu’il ne le pensait. Son art est éternel. Nous n’oublierons pas le pré.

Facebook, 21 juin 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 31

Voici le trente-et-unième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Singapore Silk Torpedo.

31 DAYS OF MAY : Jour 31. Dick Taylor a passé la majeure partie des années soixante-dix à l’écart du monde de la musique. « Je n’aimais pas la mode », a-t-il expliqué récemment. Cette mode, Phil l’aimait bien : les vestes en satin chic, les chemisiers de femme, les imprimés léopard et les écharpes de soie qu’il chinait avec Electra sur les étals de Portobello Road. L’androgynie faisait partie de l’identité de Phil depuis 1964 et ce nouveau look en constituait l’évolution naturelle, une évolution qu’il embrassa totalement. Avec sa cigarette au bec et ses cheveux plus longs que jamais, il faisait moitié Cary Grant, moitié Veronica Lake. Aucune rock star des seventies n’était plus débonnaire que lui. Il m’a raconté avoir acheté deux belles paires de bottes en peau de serpent, une rouge et une verte, pour pouvoir en mettre une rouge à un pied et une verte à l’autre. La classe.

En 1974, les Pretty Things ont signé chez Swan Song, le label de Led Zeppelin, et Peter Grant est devenu leur imprésario. Cet été-là, ils ont commencé à enregistrer leur premier album pour ce label à Headley Grange, un manoir de trois étages dans le Hampshire, avec le retour de Norman Smith comme producteur. Norman est arrivé le premier jour dans une Rolls-Royce et le groupe lui a joué leur première chanson, Psychosomatic Boy. Horrifié par les paroles, qu’il croyait à tort être une moquerie à l’égard d’enfants handicapés, Norman quitta immédiatement les lieux, outragé, remonta dans sa voiture et rentra illico à Londres. Quand Peter Grant eut finalement réussi à le convaincre de revenir, quelques jours plus tard, Psychosomatic Boy était devenue Singapore Silk Torpedo.

“I’ve sailed the seven seas
A hard sea dog to please
Tattooed on my chest
Is the girl I love best.”

L’obsession de Phil pour les marins et la navigation en général remonte à l’enfance. Son père et sa mère se sont séparés quand il était bébé et il a été élevé par la demi-sœur de sa mère et son mari, Flo et Charlie May. Il n’a appris qu’ils n’étaient pas ses vrais parents qu’en 1954, à l’âge de neuf ans, lorsqu’il leur fut enlevé pour être confié à sa mère, Daphne, et son nouveau beau-père, Ron Kattner. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il a commencé à apprendre des choses sur son père biologique, Dennis, qu’il avait rencontré une fois mais dont on lui avait dit qu’il était son oncle. Phil a eu une enfance compliquée. Il a donc appris que Dennis travaillait dans la marine marchande et menait une vie d’aventurier en sillonnant les sept mers.

“Back in 1954
On leave in old Singapore
I was soaking in gin
When Miss Foxy walked in.”

Phil l’admettait : « Il y a beaucoup de trucs maritimes dans mes paroles. Je suppose que c’est parce que mon père était dans la marine marchande. Je crois que c’est le genre de carrière que j’aurais pu embrasser si je n’étais pas parti dans l’art ou dans la musique, parce que ça aurait été un moyen de fuir Erith. Ça m’a toujours paru une idée séduisante, d’entrer à Shanghaï ou à Singapour avec la marée du soir, d’imaginer à quoi pourraient ressembler les ruelles de ces villes. Singapore Silk Torpedo parle clairement d’une prostituée, ou d’un prostitué, ça pourrait être un travesti. Les paroles sont pleines de sous-entendus. C’était juste une scène comme ça, un échantillon dans la vie de chauffeur sur un cargo à charbon. »

“She’s my Singapore silk torpedo
Wearing high satin non-stick lip glow
I fell a victim to this female hipno
She’s my Singapore silk torpedo.”

Au début, Phil a apprécié sa virée du milieu des seventies, de pouvoir percer sur le marché américain avec l’aide de la machinerie de Led Zeppelin. Mais en fin de compte, la direction prise par le groupe a fini par lui déplaire, tout comme sa propre perte de contrôle. « Je me sentais très mal à l’aise, a-t-il avoué par la suite. J’avais l’impression que l’esprit des Pretty Things avait disparu, que le groupe devenait plus commercial, et c’est pour ça que je suis parti. Un soir, j’ai vraiment eu l’impression que c’était la fin et j’ai quitté le groupe, j’avais l’impression qu’Atlantic et les autres voulaient nous forcer à devenir un groupe de stadium rock et ça m’était totalement étranger. »

Après avoir lâché le groupe et manqué un concert important au stade de Wembley, Phil a été viré des Pretty Things. Que les Pretty Things puissent exister sans Phil May semble absurde, mais pendant une brève période en 1976, ce fut une réalité. Pour Phil, c’était une blessure profonde qui lui a longtemps fait mal. Il y avait encore de l’amertume dans sa voix quand il m’en a parlé il y a quelques années. Il reconnaissait que les événements de 1976 étaient en partie de sa faute, mais il estimait ne pas avoir eu le choix puisque son intégrité artistique était menacée. « L’âme du groupe était en train de s’échapper de son corps collectif, comme une hémorragie. C’était une pression supplémentaire pour moi, mais pas une excuse, je le reconnais. »

Les voici avant que l’hémorragie ne commence, sur le plateau de The Old Grey Whistle Test. Dans leurs plus beaux atours des seventies, ils envoient du lourd.

Facebook, 20 juin 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 30

Voici le trentième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Summertime.

Parue sur la même face B que Circus Mind en 1971, Summertime montre des Pretty Things d’humeur joyeuse, chose rare. C’était l’une des chansons favorites de Phil. « C’était une ode à l’été, m’a-t-il expliqué. Partir dans le Norfolk, participer aux moissons, comme Wally et moi on faisait. Autour de ce chouette riff qui descend et des harmonies à trois voix très naturelles qui fonctionnent bien, et puis évidemment le solo éblouissant de Tolson. Vraiment fabuleux. »

“Bluebirds and blackbirds are gathered in my hair
All my tomorrows
I think they have been rare
Summer’s coming through
There’s no hay upon the field
Soon I’ll be with you and we’ll know how it feels
Summertime.”

La chanson est née rapidement, comme tant d’autres grandes chansons. Wally se souvient qu’elle provient « de l’inspiration du moment, comme tant d’autres de nos faces B ». Il garde de bons souvenirs de la séance. « C’était tard dans la nuit, après minuit, le dernier des trois jours qu’on avait réservés à Abbey Road pour boucler le single. Pete et Phil avaient passé la journée sur une idée qu’ils avaient eue pendant que je travaillais sur le mixage de la face A. Je me souviens que la climatisation était en panne et qu’on était tous torse nu, on se serait crus à Muscle Shoals. Je suis retourné voir le reste du groupe pour travailler sur la chanson et j’ai tout de suite dit à Phil qu’il fallait un pont. « Quel genre ? » a demandé Phil. J’ai sorti le « Count the bluebirds in the sky » comme ça et Phil a juste dit « Bon, d’accord, c’est toi qui le feras. » Et c’est ce qu’on a fait. Il n’a même pas touché à mes paroles niaises. On était sous pression pour boucler la chanson, et il nous restait encore Circus Mind à enregistrer aussi.

“Count the bluebirds in the sky
But don’t count too soon
Count the bluebirds with your eye.”

La chanson est déjà exaltante, mais elle grimpe encore plus haut grâce à ce pont sur lequel un Peter Tolson de seulement 19 ans plane avec ses lignes de guitare. Elles ont été rajoutées plus tard dans la nuit, mais l’essentiel du reste de la chanson a été enregistré dans les conditions du direct, y compris la piste de chant de Phil et les harmonies de Jon Povey. « Pete joue la figure rythmique sur sa Strat, se souvient Wally, enregistrée depuis son ampli, mais on l’a aussi enregistré de manière isolée, avec un micro très sensible, pour avoir le son de la Strat en acoustique. » Des harmonies supplémentaires ont été rajoutées la même nuit, ainsi qu’une paire de guitares acoustiques. « Pete et moi jouons le rythme sur des acoustiques de part et d’autre de la stéréo, on faisait souvent ça. Nos styles sont différents et on interprète les mêmes choses un peu différemment. Quand on joue ensemble, l’effet stéréo est intéressant, je me souviens qu’on l’a refait ensuite sur Rip Off Train, dans Freeway Madness. On démarre en jouant la figure principale presque à l’identique, mais quand le chant démarre, on commence à se laisser aller et des choses intéressantes ont lieu ! » Il faut écouter la chanson au casque pour bénéficier au maximum de cet effet. C’est aussi l’occasion d’entendre de plus près le jeu de batterie sensationnel de Skip Alan : ses fills sont incroyables. Et comme d’habitude, la voix de Phil est parfaitement adaptée, elle est douce et mélodieuse, pleine de caractère.

“White hearts and light hearts and some that faded view
Switch with the seasons to feelings that I knew
Summer’s coming through
There’s no hay upon the fields
I’ll soon be with you
And we’ll know how it feels
Summertime…”

Le cri de joie spontané après ce dernier refrain vient de Jon Povey et exprime toute l’euphorie que ressentaient les membres du groupe ce soir-là. « C’était une ambiance géniale, raconte Wally. Norman [Smith] nous avait domptés avec ses techniques d’enregistrement millimétrées, mais là, on était seuls et libres d’être un groupe de rock. C’était une sensation fabuleuse, et l’ambiance était vraiment géniale, c’était vraiment super de juste jouer comme ça. On aurait dû le faire plus souvent ! »

Phil a passé les derniers mois de sa vie dans le Norfolk, dans cette même campagne idyllique que célèbre de manière si évocatrice Summertime. Ses cendres seront dispersées avec l’arrivée de l’été. Il sera chez lui.

Facebook, 19 juin 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 29

Voici le vingt-neuvième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Mama, Keep Your Big Mouth Shut.

31 DAYS OF MAY : Jour 29. Je le disais hier : d’après Phil, Bo Diddley coulait dans leurs veines. « En une seule chanson, Pretty Thing, se trouvait mon futur complètement bouleversé, a-t-il écrit dans Ugly Things, et une bonne idée de nom pour notre groupe d’école d’art fraîchement formé. »

L’espace d’un instant, ils ont même envisagé de s’appeler Jerome & the Pretty Things en hommage au légendaire bras droit de Bo, son joueur de maracas fétiche, mais en fin de compte, ce furent THE PRETTY THINGS tout court. Leur premier single était propulsé par le Bo Diddley beat, et au moment d’enregistrer leur premier disque, fin 1964, quatre des douze morceaux qu’ils choisirent étaient signés Bo Diddley.

Évidemment, ils ne pouvaient pas passer à côté de Pretty Thing (avec un message adressé au maître : « We thank you, Bo, for the name… »). Leur version déchaînée de Roadrunner est devenue partie intégrante de leur répertoire, et ils ont fait de l’alanguie She’s Fine She’s Mine un morceau à l’atmosphère époustouflante. Mais aujourd’hui, j’ai envie de parler de Mama, Keep Your Big Mouth Shut, ou comme Phil s’entêtait à l’appeler, Hey Mama. Leur interprétation dégage une impression de liberté absolue, d’abandon sauvage qui oscille au bord du chaos total. Dick présente le riff principal avec une dose de trémolo, la basse tonnante de John Stax s’enroule autour, Brian Pendleton apporte la guitare rythmique essentielle, Viv dirige le rythme avec intensité, et Stax et Pendleton entonnent le titre. Phil est explosif comme jamais et introduit chaque phrase avec un cri déchirant :

“I’M IN LOVE with your little girl
And your little girl’s in love with me
I’M so happy most all the time
And that’s how we’re gonna be
Keep your big mouth shut…”

Ils ralentissent brièvement avant que le hurlement de Phil ne les précipite dans une section déjantée au tempo doublé. La guitare de Dick crache et crépite au premier plan de cette masse d’énergie sans direction avant que le thème principal ne fasse son retour, bien trop vite. Ce passage aurait dû durer dix fois plus longtemps, et c’était sans doute le cas sur scène.

La version de Bo présente un deuxième couplet, mais Phil a eu la flemme de l’apprendre (typique) et se contente donc de répéter le premier. La veille de Noël 1964, les télespectateurs qui regardaient Beat Room sur BBC 2 ont néanmoins eu droit à un changement significatif dans les paroles : « I’m in love with your little girl, and your little boy‘s in love with me! » (Cette version est disponible sur le disque Rarities du coffret Bouquets from a Cloudy Sky.)

Pour conclure, voici Bo Diddley vu par Phil. « Pour nous, Bo était un dieu. Son rythme pulsant avec ses paroles comme des mantras, ça vous clouait au sol. Ce bon vieux Chuck nous offrait des vignettes très pénétrantes sur ce que c’était d’être un Afro-Américain dans une société de consommation blanche, mais Bo était davantage en phase avec son « chamane » intérieur. Il tirait sa puissance d’une source plus subliminale et primitive, une brûlure lente et cuisante qui s’insinuait sous la peau. »

C’est cette intensité subliminale et primitive que Phil cherchait à obtenir avec les Pretty Things. Sur cette chanson, il y est arrivé.

Facebook, 18 juin 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 28

Voici le vingt-huitième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Rosalyn.

31 DAYS OF MAY : Jour 28. Quand Jimmy Duncan, co-imprésario des Pretty Things, leur a présenté la chanson qu’il voulait qu’ils enregistrent pour leur premier single, ils n’ont pas été franchement impressionnés. C’était une chanson qu’il avait écrite lui-même et dont il avait enregistré une démo au piano aux studios Regent Sound. « Elle sonnait très Denmark Street [NdT : la rue historique des éditeurs de musique à Londres, équivalente du Tin Pan Alley new-yorkais, avec tout ce que ça connote d’un peu ringard], très écossaise, se souvient Dick Taylor. C’était une chanson bonne pour un comique écossais. On s’est vraiment dits, « Mais bordel, qu’est-ce qu’on va bien pouvoir en faire ? »

Et ce qu’ils en ont fait, bordel, c’est une transformation intégrale autour d’un Bo Diddley beat accéléré, avec une boucle de basse et un peu de guitare slide pour faire bonne mesure. « C’était malin de notre part, m’a rapporté Phil par la suite, mais Diddley coulait tellement dans nos veines à l’époque que c’était tout naturel pour nous de s’en servir comme cadre pour la chanson. »

Premier single des Pretty Things, Rosalyn est sortie en mai 1964. 56 ans plus tard, sa fraîcheur et sa férocité sont toujours aussi brutales. Tous les ingrédients sont parfaits, dont, bien sûr, la voix sauvage et pleine de défiance de Phil. L’excitation et l’énergie sont maximales. D’après la légende, pour la dernière prise, Phil secouait tellement fort ses maracas que l’une d’elles s’est brisée. « Si vous écoutez bien le disque, vous devriez pouvoir l’entendre », confia Viv Prince au magazine Beat Instrumental. Après plusieurs milliers d’écoutes, tout ce que j’entends, c’est le son de mon esprit qui se brise. À mes yeux, c’est le meilleur single de rock ‘n’ roll de tous les temps. On n’a jamais fait mieux.

Il y a dix ans de cela, pendant un concert à Stoke on Trent, les Pretty Things m’ont invité à les rejoindre sur scène pour chanter Rosalyn avec Phil dans le même micro. C’était une petite surprise qu’ils me réservaient, Dick et lui. Ce souvenir m’est d’autant plus précieux maintenant que Phil nous a quittés.

Facebook, 17 juin 2020

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