Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 18

Voici le dix-huitième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Get a Buzz.

31 DAYS OF MAY : Jour 18. Encore une chanson légère aujourd’hui. Get a Buzz est le fruit d’une jam spontanée en studio, dans les conditions du live, juste parce qu’il restait un peu de temps à la fin d’une séance d’enregistrement. Dick Taylor dégaine un riff de guitare, Viv marque la cadence, Staxie débarque à la basse, Pendleton lie le tout à la guitare rythmique, un peu en arrière, et Phil improvise les paroles à la volée.

“Get yourself a buzz, baby
Come on a trip with me
There’s a dance that you’ve known before
But one you’ve never seen
Get yourself a buzz, baby, with me.”

Dans l’argot du groupe, « get a buzz » voulait dire « s’en griller une », mais on dirait que c’est devenu une nouvelle danse, ou quelque chose du style. Quoi qu’il en soit, ça a l’air marrant.

“The buzz, baby, you just gotta see
You gotta see it performed by me
And when you sit down on the rug
You know the buzz just gotta be dug
And when you sit down all around
You do the buzz and here’s the sound.”

Moi, je suis partant ! C’est une chanson très détendue, sans trop de structure, juste cinq bonhommes qui jouent un peu de musique, qui ne se rendaient sans doute même pas compte que les magnétos tournaient ou que leur musique serait entendue par quelqu’un d’autre qu’eux. Phil ajoute un peu d’harmonica gouailleur (une deuxième piste d’harmonica a été rajoutée ensuite), et le son de guitare de Dick est inimitable, aussi brillant que fragile. Il sort sa fuzzbox pour la dernière ligne droite, comme s’il venait juste de la remarquer posée par terre devant lui. On peut clairement les entendre rire à la fin.

Get a Buzz est sortie à l’été 1965 en face B du single Cry to Me (la pochette allemande l’orthographie « Get a Buss ») et sur l’EP Rainin’ in My Heart. Le mot de « buzz » refait surface dans leur discographie plus tard la même année avec Buzz the Jerk.

Facebook, 7 juin 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 17

Voici le dix-septième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Havana Bound.

31 DAYS OF MAY : Jour 17. Je pense que quelque chose de plus léger s’impose aujourd’hui, quelque chose qui témoigne du sens de l’humour aiguisé de Phil. Havana Bound vient de l’album Freeway Madness, produit par Wally Waller (sous le pseudonyme d’Asa Jones) et sorti chez Warner Bros à la fin 1972.

Les détournements d’avion faisaient la une des journaux dans les années soixante-dix, ce qui a fourni à Phil le scénario de Havana Bound, une petite histoire humoristique sur un voyage imprévu à Cuba. Phil donne l’impression de beaucoup s’amuser à la chanter, dans un registre plus aigu qu’à l’ordinaire, et de profiter des jeux de mots et autres double sens.

“I was encased in an aircraft
Feeling so sick I couldn’t say
When the cat next to me said,
‘Let’s take it down to Cuba way.’
Well, his manner wasn’t nice
But his hand grenades looked very mean
And the Luger down his trousers
Well, that was twice as obscene.”

On dirait que le détournement d’avion a pris un tour sexuel. Les choses sérieuses commencent après l’atterrissage à Cuba.

“Dr Fidel wasn’t home
So they showed us where the sugar was grown.
Ah, sweet stuff!”

Et le refrain :

“Havana bound

Hijacked by some joker
Took me down to Cuba
Where the grass was green.”

En concert, Phil annonçait toujours le solo de guitare en s’écriant : « Roulez-en une si vous en avez ! »

À la guitare, Pete Tolson a l’occasion de se distinguer sur ce morceau de rock, tout comme le bassiste Stuart Brooks. Havana Bound a persisté dans les setlists du groupe au fil des années, ce qui suggère que Phil l’aimait beaucoup. « Le Luger dans son pantalon était deux fois plus obscène » restera comme l’une de ses meilleures vannes.

Facebook, 6 juin 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 16

Voici le seizième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Can’t Stand the Pain.

31 DAYS OF MAY : Jour 16. Des fragments de cette chanson hantaient mes rêves bien avant que j’entende parler des Pretty Things. La première fois que j’ai écouté Can’t Stand the Pain, un frisson m’a parcouru l’échine et j’ai ressenti comme jamais une sensation de déjà vu. Les accords majeurs-mineurs avec leur touche de réverbération, la guitare bottleneck mélancolique, les claves qui s’abattent comme la pluie, tout cela formait la bande sonore d’un rêve d’enfance. Je me suis immédiatement senti lié émotionnellement à cette chanson et ce sentiment ne m’a jamais quitté.

Écrite par Phil avec Dick Taylor et Bobby Graham, la chanson a vu le jour sur l’album Get the Picture? à la fin de 1965. Les notes à l’arrière de la pochette originale la décrivent en un seul mot : « bizarre ? ». Avec un point d’interrogation. Ça semble très approprié. Comme un rêve surréaliste, elle est bizarre de la meilleure des manières. Elle est tantôt doucement étrange, baignée de brume, tantôt frénétique et paniquée, courant dans les rues en pleine nuit pour fuir Dieu sait quoi.

« From my mind
And from my soul
I feel lost
And out of control.

L’angoisse existentielle, un sentiment que nous avons tous ressenti et que nous ressentons tous plus que jamais aujourd’hui. Un sentiment inéluctable.

« I can’t help it
I can sense it
I know
Where it’s gonna go.
Can’t stand the pain. »

Plus tôt dans la semaine, nous avons eu une longue conversation avec Dick. Pendant plusieurs heures, nous avons parlé de la vie et de la mort, de l’état du monde, mais surtout de Phil, évidemment. Ils ont fait connaissance à la Sidcup School of Art au début des années soixante. Je lui ai demandé si l’école d’art avait eu une influence sur leur approche de la musique. Il m’a répondu sans hésiter : « Énormément. » Cette chanson, chef-d’œuvre sidérant et mystique, en est la preuve.

Facebook, 5 juin 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 15

Voici le quinzième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Death.

31 DAYS OF MAY : Jour 15. Les funérailles de Phil ont eu lieu aujourd’hui, le 4 juin, à 11 heures du matin, dans le Norfolk, en Angleterre. En raison du confinement lié à la pandémie de COVID-19, seule sa famille y a assisté.

“As your loved ones they place
Heavy stones on your face
Your sonnets of life
They are filling the case
High windows inside me
Look down on your face.”

Death, qui conclut la première face de l’album S. F. Sorrow, est l’une des chansons les plus puissantes jamais enregistrées par les Pretty Things. Elle est d’autant plus poignante aujourd’hui. Je me souviens que Phil m’a avoué que les paroles s’inspiraient d’un poème d’Oscar Wilde, qu’il m’a cité (mais j’en ai oublié le titre). Quoi qu’il en soit, elles sont sublimes et déchirantes. La musique est tout aussi sombre, pleine de chagrin et de désespoir, avec ces voix qui soupirent et son rythme lourd et pesant. Le sitar de Jon Povey apporte une touche mystique à cette atmosphère gothique et romantique.

“Changing white fingers
For men in the sand.
Burning bright spears
That you hold in your hand.
Grey children you spawned
They just won’t understand.”

Aujourd’hui, même si vous l’avez déjà écoutée mille fois, prenez quelques minutes pour l’écouter à nouveau, seul, très fort, et ayez une pensée pour Phil May et ses proches.

“As the slow pulse of sobbing
Dries from the sky
My grief in red circles
Surrounding an eye.
Grey child stands looking
And passes on by.”

La chanson s’achève au son des ailes de moineaux qui s’envolent. Un nouveau voyage qui commence. Bon vent, Phil.

Facebook, 4 juin 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 14

Voici le quatorzième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de The Beat Goes On.

31 DAYS OF MAY : Jour 14. The Beat Goes On ouvre en fanfare l’excellent Balboa Island, sorti en 2007. Cet album a été produit par Mark St. John dans son studio Cote Basque. Les chansons ont été enregistrées rapidement, dans les conditions du direct pour la plupart, avec un équipement analogique : micros d’époque, amplis d’époque (Dick adore les Selmer), guitares et batterie à l’avenant. Sur cette chanson, Mark donne le tempo sur sa batterie Trixon Telstar du milieu des années 60, un objet auquel il tient comme à la prunelle de ses yeux et qui lui a servi sur tout l’album.

“Way back in 1964
We came a-crashin’ through the door
I had the drugs, the girls, the boys
They couldn’t hear above the noise.”

Écrite par Phil, Mark et Frank Holland, The Beat Goes On parle de longévité et d’engagement. Elle rappelle qu’il n’y a jamais rien de nouveau sous le soleil.

“The Dartford Delta lit the fuse
The world turns, the flame it dies
But it’s alright
You know it’s true
The beat goes on
Inside me and you.”

La gloire est éphémère, mais la passion authentique du rock ‘n’ roll ne meurt jamais. Une trompette de mariachi dément déboule dans la chanson alors qu’elle se précipite vers sa fin, une intervention aussi inattendue qu’inspirée.

Sonny Bono l’a peut-être dit le premier, mais c’est Phil May qui l’a dit le mieux : “the beat goes on… again and again”.

Facebook, 3 juin 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 13

Voici le treizième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de You Don’t Believe Me.

31 DAYS OF MAY : Jour 13. Get the Picture, le deuxième album des Pretty Things, démarre avec un son inédit pour le groupe : un jangle mélodique et enjoué qui évoque davantage les Byrds que Bo Diddley. You Don’t Believe Me a été écrite par Phil avec Jimmy Page et le producteur Bobby Graham. À l’époque, Page venait de sortir avec Jackie DeShannon et on dirait que son style à elle l’a un peu influencé pour cette chanson où l’on discerne des traces de When You Walk in the Room [un hit de 1964, notamment repris par les Searchers, NdT]. Il n’est pas certain que ce soit lui qui joue de la guitare sur cette piste. « Je crois que c’est moi qui joue de la guitare, m’a dit Dick Taylor, parce que je me souviens qu’il y avait un souci avec la guitare de Jimmy Page, qu’elle était désaccordée, et donc soit j’ai joué sur ma guitare, soit lui a joué sur ma guitare. » Ce qui est sûr, c’est que Jimmy joue du tambourin à même le sol du studio.

La séance a eu lieu le lendemain du mariage du bassiste John Stax. Comme John était en lune de miel, le groupe fit appel à Fred Gandy des Fairies pour le remplacer. Il était accompagné du batteur des Fairies, John « Twink » Alder, ce qui était heureux, car Viv Prince était aux abonnés absent. Arrêté la veille au soir, il était toujours sous les verrous dans une cellule de Bow Street. C’est donc Twink qui s’est assis derrière les fûts. Ce n’était ni la première, ni la dernière fois (il a rejoint le groupe quelques années plus tard).

Avec cette formation inhabituelle, rien d’étonnant, donc à ce que You Don’t Believe Me ne ressemble à aucune autre chanson enregistrée par le groupe. Phil en a sans doute écrit les paroles en quatrième vitesse dans le studio. Elles sont simples et sans chichis (“You don’t believe me when I say / I love you, babe”), mais il les chante avec conviction. Le pont aussi a l’air d’avoir été écrit à la va-vite, mais le groupe compense en y allant à fond. La voix de Phil s’élève comme une fusée vers la stratosphère :

“I will never leave you
I’ll never try to deceive you
Oh, no
Oh, no, no, no, no, no…
Alright, yeah!
Get on!”

Bon Dieu, il était vraiment GÉNIAL.

Facebook, 1er juin 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 12

Voici le douzième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Trust. Contexte utile : il a été écrit pendant les manifestations et émeutes qui ont suivi la mort de George Floyd.

31 DAYS OF MAY : Jour 12. Je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit. La ville était en feu, les hélicoptères dans le ciel, deux banques ont été détruites par les flammes. Le supermarché a été pillé et ravagé, comme d’autres sociétés, pour beaucoup des petites entreprises du coin. Il y a eu des fenêtres brisées à l’hôtel de ville et des graffitis sur les murs du poste de police et d’autres bâtiments dans tout le centre-ville. Ce matin, en me réveillant, j’ai vu les images de notre communauté en ruines, d’un pays plongé dans le chaos, d’un monde toujours en proie à une pandémie mortelle, et de l’absence totale de compassion et de compétence chez ceux qui nous gouvernent. On finira par s’en sortir. On trouvera une meilleure façon de vivre. Mais aujourd’hui, la chanson qui exprime le mieux ce que je ressens devant l’état du monde, c’est Trust.

“Excuse me please as I wipe a tear
Away from an eye that sees there’s nothing left to trust
Finding that their minds are grey
And there’s no sorrow in the world that’s left to trust.”

Phil a écrit ces couplets en 1968 dans le contexte de l’album S. F. Sorrow. Ils décrivent une phase de la vie de son protagoniste, Sebastian F. Sorrow, en quête de sens dans le monde qui l’entoure. Avec sa mélodie lancinante et ses superbes harmonies vocales, c’est l’une des chansons les plus poignantes de l’album. Elle est à la fois incroyablement triste et étrangement réconfortante. Dans le livret de l’album, Phil l’introduit par cette phrase : « Au matin, le lourd manteau du rêve ayant glissé de ses épaules, Sorrow partit à la recherche de nouvelles valeurs. »

Les paroles se terminent ainsi :

“You’re sitting on top of that white cloud
Looking ‘round for someone there to trust
Changing your mind as you go through time
You grasp at straws
But there are written laws that say you must.”

Alors que j’écris ces mots, je vois des messages et des photos de membres de notre communauté, réunis pour nettoyer les décombres et réparer les dégâts causés la nuit dernière. Peut-être que le manteau du rêve est bel et bien en train de glisser de nos épaules. Peut-être qu’ensemble, on peut découvrir de nouvelles valeurs, un nouveau futur. Peut-être qu’il reste des gens dignes de confiance.

Facebook, 31 mai 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 11

Voici le onzième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Circus Mind.

31 DAYS OF MAY : Jour 11. Une nouvelle pépite cachée. Circus Mind se trouve aujourd’hui immanquablement dans les pistes bonus de Parachute, mais elle a été enregistrée plusieurs mois après la sortie de cet album. Elle a vu le jour en mai 1971, avec la non moins excellente Summertime, en face B du single Stone-Hearted Mama. C’est une vignette dépouillée et poignante, brève et douce-amère. Une seule guitare électrique et la voix de Phil, accompagné des douces harmonies vocales de Jon Povey et Wally Waller. Phil met son âme à nu dans cette performance pleine de douleur et d’émotion :

“As you burn
There’s one thing left to learn
With your circus mind
You really sank low.”

Une émotion qui n’avait rien de feinte. Sa relation avec l’actrice et mannequin Gala Mitchell était en train de prendre fin, et cet « esprit de cirque » n’était autre que le sien. « Elle avait une imagination incroyable, elle était pleine de fantaisie, m’a raconté Phil, et c’était une personne formidable, mais complètement folle. Je ne veux pas dire folle au sens médical, juste folle au sens de la vie. C’était quelqu’un d’extraordinaire. »

Cette chanson, c’était pour lui le moyen d’accepter la fin d’une histoire d’amour qu’il a décrit par la suite comme « brillante, mais pas viable, comme le sont souvent ces choses ».

“Though you find in some dark time
She’s dealt that card again
Will you still remember her tomorrow?
Though she’s flipped you on your back
You know she’ll do it again
Will you wait right there for her in sorrow?”

Le chagrin qui éclate dans cette dernière ligne est presque palpable. C’est un moment particulièrement fort. Un pansement arraché, une blessure mise à nu. Un dernier adieu.

“Now you’ve lost
There’s no more to cost
Life is gone
You’ve got to go.”

Quant à Gala… C’était l’une des égéries du grand couturier Ossie Clark. En 1967, elle a joué le rôle de Jane Morris dans Dante’s Inferno, un téléfilm réalisé par Ken Russell. Elle apparaît aussi sur la pochette arrière de l’album Transformer de Lou Reed.

Facebook, 30 mai 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 10

Voici le dixième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Blue Turns to Red.

31 DAYS OF MAY : Jour 10. Le 8 mars 1999 sortait Rage Before Beauty, le premier album de nouvelles chansons des Pretty Things depuis près de vingt ans. Sa genèse fut longue et complexe : il a été écrit et enregistré de manière intermittente au cours d’une décennie. À la fin des années 90, le groupe avait retrouvé une certaine stabilité, en grande partie grâce aux efforts de l’imprésario-producteur Mark St. John. L’album a été bouclé par la formation de 1967, qui comprenait Phil May, Dick Taylor, Wally Waller, Jon Povey et Skip Alan, avec l’aide d’un nouveau guitariste, Frank Holland.

Blue Turns to Red, écrite par Phil et Frank, ne fait pas partie des chansons qui m’ont immédiatement fait lever l’oreille quand j’ai écouté l’album pour la première fois, mais elle m’a séduit petit à petit au point de devenir l’une de mes favorites. Elle a un groove tout simple qui fonctionne bien avec le piano électrique de Povey, deux parties de guitare (une qui joue beaucoup du trémolo) et des harmonies vocales superbes. Un harmonica (joué par Phil, je crois) apporte une tonalité bluesy et mélancolique à l’ensemble. Mais c’est la partie de chant de Phil qui scelle le succès de cette chanson : expressive, morose, pleine de nuances. Son instinct lui dictait toujours au mieux quelle phrase accentuer, ou même quelle syllabe. Il était complètement en phase avec le désespoir des paroles, qui nous conduisent à nouveau dans ces rues désertes au milieu de la nuit.

“The moon is high
The heavens black
The light is changed from these streets
The closing signs are hangin’ out
I feel like I’m just dead meat
The water’s dark
The sea so deep
The waves break over my head
The final cost
The longest street
The night blue turned to red.”

Phil aimait beaucoup improviser au chant à la fin des chansons, comme sur celle-ci : “Walked away, baby! Not comin’ back, no!” Personne ne faisait ça mieux que lui.

L’atmosphère générale de cette chanson rappelle beaucoup une autre création des Pretty Things, beaucoup plus ancienne : Me Needing You, une face B de 1966. Un prochain épisode lui sera peut-être consacré. D’ici là, profitez bien de Blue Turns to Red.

Facebook, 29 mai 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 9

Voici le neuvième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Don’t Bring Me Down.

31 DAYS OF MAY : Jour 9. Avec cette série, je compte bien attirer l’attention sur quelques perles oubliées, mais il me semble qu’il faut aussi évoquer quelques-uns des plus gros tubes. Don’t Bring Me Down s’est classée dans le Top 10 britannique à l’automne 1964, la meilleure performance du groupe dans les hit-parades de son pays d’origine. C’est un titre extraordinaire, notamment grâce à la partie de chant de Phil, glorieusement sauvage et pleine de tension sexuelle. Même si elle a été écrite par Johnny Dee, une connaissance singulière du groupe, les arrangements sont à 100 % Pretty Things. La batterie grondante de Viv Prince dicte la structure hachée de la chanson, qui est aussi ponctuée par des battements de mains et un tambourin.

“I’m on my own
Just wanna roam
I tell you, man
Don’t need a home…”

Et ensuite, la charge est sonnée et tout le monde s’y engouffre :

“I wander ‘round, feet off the ground…”

C’est un mélange anarchique de guitare bluesy, de basse grondante et d’harmonica cinglant qui éclate… avant de repartir au début.

Les Pretty Things se considéraient peut-être encore comme un groupe de rhythm and blues à ce stade, mais quelle sorte de rhythm and blues est-ce là ? Il y a du rythme, et il y a du blues, mais ce ne sont pas des garçons anglais blancs qui essaient de se faire passer pour des noirs. C’est une forme mutée de ce genre, qui a subi un traitement d’art school. Une erreur de la nature. Un éclair de génie.

Phil n’avait que 19 ans à l’époque. Avec Don’t Bring Me Down, il se libère de toute contrainte et trouve sa maturité comme chanteur. Il se donne à fond, sa voix oscillant entre sensualité narquoise et jouissance totale.

“I got this pad
Just like a cave
And then we had a little rave.
And then I laid her on the ground
My head is spinnin’ ‘round
Don’t bring me down.”

C’est une chanson qui parle de sexe, de coups d’un soir sur des planchers dégueulasses. On entend presque le sourire de Phil qui savoure certains passages, notamment celui-ci :

“I need a lover
Yes, someone new.
And then to him
I will be true.”

Him, pas her. Cet aveu discret et spontané a échappé à la plupart des gens à l’époque, mais pour les marginaux qui vivaient encore en partie dans les ombres, c’était sans doute un message : vous n’êtes pas seuls. On était en 1964 et l’homosexualité ne serait pas dépénalisée au Royaume-Uni avant quelques années encore. Ce n’était pas la dernière fois qu’une chanson des Pretty Things abordait la question de l’orientation sexuelle, directement ou pas.

Cette chanson-ci, quant à elle, poursuit sa route vers sa conclusion cacophonique :

“But until then I’ll stay as I am
Said I dig it, man
Don’t bring me down.”

Au cours des deux dernières décennies, quand le groupe jouait cette chanson, ils ralentissaient progressivement quand ils arrivaient à la fin : “Don’t bring me down… Don’t bring me down… Don’t… bring… me…” Et puis soudain, Phil s’écriait : “Don’t bring me down, motherfucker!”

Facebook, 28 mai 2020

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