Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 24

Voici le vingt-quatrième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de I Can Never Say.

31 DAYS OF MAY : Jour 23. I Can Never Say est la face B du troisième single des Pretty Things, Honey I Need, sorti en février 1965. Dick Taylor venait de s’acheter une guitare acoustique à douze cordes Gibson et le son riche et résonnant de ce instrument joue un rôle majeur dans la composition des deux faces du 45 tours. Ses gratouillages folkeux vifs se marient bien avec le jeu de batterie enlevé et propulsif de Viv Prince sur I Can Never Say. De son côté, Phil s’amuse à étirer la ligne mélodique dans tous les sens avec l’aide des roulements de caisse claire de Viv.

“I can never say
Thoughts which always occupy my mind
When the time is right
Words are things that I can never find.”

Phil apporte également une dose goûtue d’harmonica avec de longues notes solitaires à la Dylan. Ils n’ont pas passé beaucoup de temps sur cette chanson et ça s’entend : écrite et enregistrée sans trop y réfléchir, sans trop en débattre. L’étincelle a surgi, ça leur a plu, une ou deux prises et basta.

Facebook, 13 juin 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 23

Voici le vingt-troisième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Cries from the Midnight Circus.

31 DAYS OF MAY : Jour 23. Étant membre d’un groupe de rock ‘n’ roll, Phil était un habitué des nuits urbaines, du « cirque de minuit ». Il en évoquait les aspects jouissifs (les clubs, les fêtes, la musique, le sexe, le tourbillon social) dans Midnight to Six Man, en 1965. Quelques années plus tard, il en explorait les coins plus sombres et sordides dans l’une des chansons les plus fortes de l’album Parachute, intitulée Cries from the Midnight Circus. Les paroles sont de Phil et la musique, de Wally Waller.

“In the concrete valleys the electric storm
We members of the midnight circus
Our bodies so brightly adorn.
In your long sedans and your Oldsmobiles
Through that slit in your face
You ask me how it feels.”

Les paroles décrivent l’univers interlope des travailleurs du sexe, des maquereaux et des dealeurs de drogue. Dans les ténèbres, le danger et la violence règnent en maîtres. L’atmosphère menaçante de la chanson est renforcée par sa ligne de basse tendue.

Et quel effet ça fait, Phil ? « Lonely, daddy. » Ou, comme il ajoutait parfois sur scène, pour l’emphase : « It’s fuckin’ lonely. »

“Daughters of Satan all stand in line
With their faces greased and a mouth full of shine.
With iron hand you bruise the flesh
Then through a closing door you ask
Pray why the distress.
The lonely.
Hear me, can you hear me?
Can you?”

Ce monde-là, Phil le connaissait bien. « Le but n’était pas de décerner des bons ou des mauvais points, m’a-t-il expliqué. C’était de dépeindre un univers qu’on aimait beaucoup. Quand on était en tournée, on passait le plus clair de notre temps dans les quartiers chauds, parce qu’il y avait un sentiment de fraternité. Surtout à Hambourg, les groupes et les putes prenaient le petit déjeuner ensemble après être restés debout toute la nuit. Nous-mêmes, on se prostituait, et ça créait une sorte d’affinité. »

Wally prend le relais pour le pont :

“Midnight sailors can stay
We won’t send you away
See me here on my knees.”

D’autres chansons des Pretty Things font référence à la mer, mais la fascination de Phil pour les marins est un sujet pour un autre jour. À dire vrai, le « solo de guitare » de cette chanson (qui, à moins que je ne me trompe, implique du « scat » de Norman Smith passé dans une cabine Leslie) constitue un léger faux pas, mais qui n’enlève rien à la grandeur de la chanson. Cette section n’est vraiment tombée en place que lorsque Pete Tolson a rejoint le groupe, quelques mois plus tard, pour y apporter son jeu de guitare incendiaire.

Comme si la chanson n’était pas déjà assez sombre, le récit vire au cauchemar dans le dernier couplet. La voix de Phil atteint une intensité grandiose.

“You lie in the alley
With blood on your clothes.
As fingers ‘round your throat they close.
Your cries of murder
Splash on the walls
And as you die
You think of all the injustice of it all.
The lonely.”

Voilà un « midnight to six man » qui n’entendra pas sonner six heures du matin.

Phil tire sa révérence et Wally conclut :

“See Satan’s daughters’ red light
They have such good appetites
Another clown packs his drag…”

Encore une chanson sur la ville. Encore une chanson pour les gens seuls.

Facebook, 12 juin 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 22

Oups, j’ai laissé passé quelques jours. Voici le vingt-deuxième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Walking Through My Dreams.

31 DAYS OF MAY : Jour 22.

“When I’m unhappy and in my eyes things are bad
I just have to close them, oh, and suddenly I’m glad.”

Le deuxième single des Pretty Things pour EMI / Columbia, sorti en février 1968, est la superbe Talkin’ About the Good Times. Néanmoins, à mes yeux, sa grandeur psychédélique est surpassée par la chanson qu’ils ont choisi pour lui servir de face B. Walking Through My Dreams propose une mélodie pop entêtante avec des lignes de guitare mémorables et un arrière-plan fluide avec sa basse enlevée, sa batterie qui ricoche, son piano rythmé et ses sublimes harmonies vocales. Le break de guitare fuzz de Dick Taylor, avant-gardiste et retentissant, est à tomber par terre, et la voix de Phil charrie des accents troublés et vulnérables qui correspondent parfaitement aux paroles.

“Who’ll lift my sleepy head in case the vision goes?
Here in purple velvet now where time and motion slows.”

C’est une chanson qui vous transporte, qui vous soulève et envoie votre esprit voltiger dans les cieux. Juste au moment où le rêve semble sur le point de s’achever, la chanson vous soulève à nouveau, encore plus haut qu’avant. En l’écoutant, ce matin, j’avais les larmes aux yeux et le cœur gonflé d’amour. Phil a certes quitté ce monde de pierre froid, mais il pourra toujours venir arpenter nos rêves.

Facebook, 11 juin 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 21

Voici le vingt-et-unième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Office Love.

31 DAYS OF MAY : Jour 21. Après une longue pause, les Pretty Things firent leur grand retour en 1980 avec Cross Talk, que Phil jugeait être un de leurs meilleurs albums. Ce disque marque ses retrouvailles avec Dick Taylor, Wally Waller, Jon Povey, Skip Alan et Pete Tolson, avec qui il a coécrit la plupart des chansons. À 35 ans, Phil se retrouvait confronté à l’âge mûr, un sujet qu’il aborde avec une intensité cinglante dans ses paroles lucides. Il parle de sexe, d’adultère, de vieillesse, d’orientation sexuelle. Ses dons de parolier sont en évidence sur Office Love, un récit puissant de mensonges et de trahisons.

“It was a grey dawn, penciled in lightly
The morning screamed ‘neath the traffic’s feet
The razor burned commuter reflections
It didn’t seem a visual treat.
The office staff begins the humdrum
Making the hours and the money flow.
The guilty lovers keep their secret
And hope it doesn’t show.”

Les banlieues anglaises n’étaient pas l’habitat naturel de Phil, qui vivait à Notting Hill, et il n’a jamais fait de travail de bureau d’aucune sorte : c’était un artiste, un rockeur. Mais comme tous les bons écrivains, il observait le monde à travers les yeux de ses connaissances. Skip travaillait dans les bureaux de l’usine de son père depuis des années et les histoires qu’il racontait sur cet environnement fascinaient Phil et lui fournissaient des matières premières pour ses chansons.

“He catches the train up every morning
From his Croydon executive estate
She’s convinced he needs a new future
But she’s prepared to wait.
He swears to step cleanly from a marriage
That’s become so tangled and confused
She knows he’s lying for his pleasures.
He doesn’t see her cry.
Oh no, office love is such a bitch.
Oh no, like a knife in the back.”

La chanson est une opérette d’un réalisme brut qui juxtapose les points de vue d’un homme et d’une femme piégés dans une relation adultérine vouée au désastre.

“She goes home, knowing that it can’t go on
Her secret fear’s become too strong
Seeing what little love she has she’s losing.
He’s the type that manages to sleep at night
The guilt is safely locked away
But it was just another day, and he’s so tired.”

Tolson souligne le caractère torturé et tourmenté du récit avec un solo de guitare incendiaire avant que Phil ne conclue du point de vue de la femme, qui supporte le gros des dégâts émotionnels tandis que son amant dort paisiblement auprès de sa femme.

“Her heart seemed set on destruction
With lips drawn pale and thin.
She offered up love like a sacrifice
And he was closing in.
Her mother sat on the end of the bed
Through the dark hours of the night
Wagging her finger, saying honey
This just isn’t right.”

Phil n’a jamais été reconnu à sa juste valeur comme auteur. Il est l’un des meilleurs paroliers que le monde ait connus. À la fin de la chanson, il a su rendre ses personnages réels, il a raconté une histoire complète, pleine d’émotions complexes, et ça ne lui a pris que quatre minutes.

Facebook, 10 juin 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 20

Voici le vingtième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Grey Skies.

31 DAYS OF MAY : Jour 20. Hier, on avait laissé Phil seul sur son banc, reflété par le ciel. Aujourd’hui, l’histoire continue, comme si on avait laissé tourner les caméras à la fin de Defecting Grey.

“You, you left me with your skies
Your skies are grey ‘til dawn
You, you left me with your rain
Like the tears I cried in vain.”

Pour se faire un peu d’argent de poche, les Pretty Things enregistraient à l’occasion des chansons pour le catalogue musical De Wolfe, sous le pseudonyme d’Electric Banana. Les séances étaient brèves et peu coûteuses et le groupe leur réservait généralement les compositions qu’ils jugeaient de moindre qualité. Elles étaient pressées par De Wolfe sur des disques aux pochettes banales et utilisées contre un paiement forfaitaire raisonnable dans des séries télé ou des films à petit budget. Enregistrée à la fin de l’année 1967, Grey Skies est l’une des six chansons du LP More Electric Banana, publié au début de 1968. Seuls quatre membres du groupe sont présents. Apparemment, Skip Alan était indisponible, donc Jon Povey a laissé ses claviers à la maison pour s’installer derrière la batterie (instrument dont il jouait cinq ans plus tôt au sein des Fenmen) et le groupe fonctionne plus ou moins comme un power trio : Dick Taylor à la guitare, Wally Waller à la basse, Povey à la batterie et Phil au chant, bien sûr. Cette version allégée fonctionne particulièrement bien ici : la ligne de basse de Wally, complexe mais adoucie par la compression, dirige la chanson, Dick fait pleurer sa guitare comme lui seul sait le faire, et Povey donne tout ce qu’il a derrière les fûts avec quelques roulements dynamiques bien sentis. L’ambiance du direct est là, et la mélodie vocale est mémorable, le ton narquois de Phil masquant ses larmes.

“You, you got me going backwards
I don’t know where to go
You, you’re driving me out of my brain
You know I’ll go insane.”

Les Pretty Things avaient déjà commencé à travailler sur S. F. Sorrow (en fait, une version primitive de I See You apparaît sur l’album d’Electric Banana) et il est probable que Phil ait eu des images de cette histoire plein la tête au moment d’écrire les paroles de Grey Skies (qui fait aussi allusion à une ancienne chanson du groupe).

“You, you left me world of sorrow
And I can’t stand the pain
You, you left me in the shadow
Will I see the sun again?”

Il répond à sa propre question sans réfléchir : “I don’t know!” Parfait.

Pour vendre la chanson à De Wolfe pour quelques kopecks, le groupe devait la considérer comme dispensable, mais je la considère depuis longtemps comme une perle méconnue. J’en ai parlé à Phil à quelques reprises, mais il n’en gardait pas le moindre souvenir. C’était typique de sa part : il allait toujours de l’avant, sans jamais regarder en arrière. Après l’acte de création, il laissait le résultat de côté pour passer à la suite. Que d’autres s’amusent à encadrer et analyser son œuvre : lui était passé à autre chose.

Facebook, 9 juin 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 19

Voici le dix-neuvième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Defecting Grey.

31 DAYS OF MAY : Jour 19. En septembre 1967, les Pretty Things ont signé un contrat avec EMI Records. Leur premier single pour ce label était un morceau expérimental audacieux qui marquait le début d’une toute nouvelle direction pour eux. J’ai déjà évoqué l’influence des écoles d’art sur l’approche musicale de Phil et Dick, même à l’époque où ils jouaient du R&B. Sur Defecting Grey, ils laissent libre cours à leurs penchants artistiques avec l’aide des nouveaux venus Wally Waller et Jon Povey, qui enrichissent la palette des Pretty Things avec leurs harmonies vocales, leurs claviers et leurs idées d’écriture. Defecting Grey a été écrite par May, Taylor et Waller.

Phil a toujours décrit Defecting Grey comme une maquette de S. F. Sorrow, ce qu’une maquette serait pour un sculpteur ou une esquisse pour un peintre. C’est un collage musical stupéfiant qui condense plusieurs thèmes musicaux et lyriques en l’espace d’une poignée de minutes. « On a essayé les fondus enchaînés, les tempos alternés et les mesures rythmiques, et il y a quatre fils narratifs qui s’entrecroisent tout au long de la chanson, explique Phil. On a poussé à bout l’équipement primitif du studio et la compréhension limitée qu’on en avait. » L’objectif des Pretty Things n’était pas d’avoir un single à succès. Rien à voir avec Hello Goodbye, We Love You ou Sunny Afternoon. Defecting Grey, c’est plutôt un triptyque de Francis Bacon. Sous acide.

Grey skies, Grey and Sorrow there to meet her… La couleur grise revient fréquemment dans les paroles écrites par Phil dans les années soixante. Les « Gris », ce sont les gens normaux, ceux qui vivent dans le monde normal, qui font les trois huit. Il ne les méprisait pas, au contraire, il les trouvait fascinants, attirants même parfois. Defecting Grey, c’est l’histoire d’une rencontre avec un Gris, sur un banc public, un flirt hésitant, des avances sexuelles.

“Sitting alone on a bench with you
Mirrored above in the sky
Wondering if you will say good night
Leave me a grave of goodbye.”

Deux personnes seules de part et d’autre d’un miroir. Le Gris veut franchir la frontière de l’autre monde, faire défection vers le monde de la libre expression, des couleurs vives, de l’art et de la musique et du rire et du sexe : le monde de Phil. Mais il ne sait pas s’il a le courage de laisser sa vie grise derrière lui. Alors leur conversation fluctue, elle est indécise, hésitante (“I find that you just don’t like snakes…”), elle alterne entre leurs points de vue au fil des différentes sections musicales de la chanson, un véritable kaléidoscope de manèges, de bandes passées à l’envers, de sitars, de guitare fuzz et wah-wah, d’harmonies vocales angéliques et de chants de marins bourrés. (Le passage qui commence avec “Blight star hangs in blackness” est si puissant que The Stereo Shoestring, un groupe du Texas, l’a repris tel quel pour construire une chanson entière autour, On the Road South.)

“Sitting alone on a bench with you
Just as you get up to leave
Holding my breath as I touch your hand
Left with the brush of your sleeve.”

En fin de compte, le Gris choisit de ne pas faire défection. Il disparaît dans la nuit et Phil reste seul sur son banc, reflété dans le ciel. La personne la plus seule au monde.

Facebook, 8 juin 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 18

Voici le dix-huitième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Get a Buzz.

31 DAYS OF MAY : Jour 18. Encore une chanson légère aujourd’hui. Get a Buzz est le fruit d’une jam spontanée en studio, dans les conditions du live, juste parce qu’il restait un peu de temps à la fin d’une séance d’enregistrement. Dick Taylor dégaine un riff de guitare, Viv marque la cadence, Staxie débarque à la basse, Pendleton lie le tout à la guitare rythmique, un peu en arrière, et Phil improvise les paroles à la volée.

“Get yourself a buzz, baby
Come on a trip with me
There’s a dance that you’ve known before
But one you’ve never seen
Get yourself a buzz, baby, with me.”

Dans l’argot du groupe, « get a buzz » voulait dire « s’en griller une », mais on dirait que c’est devenu une nouvelle danse, ou quelque chose du style. Quoi qu’il en soit, ça a l’air marrant.

“The buzz, baby, you just gotta see
You gotta see it performed by me
And when you sit down on the rug
You know the buzz just gotta be dug
And when you sit down all around
You do the buzz and here’s the sound.”

Moi, je suis partant ! C’est une chanson très détendue, sans trop de structure, juste cinq bonhommes qui jouent un peu de musique, qui ne se rendaient sans doute même pas compte que les magnétos tournaient ou que leur musique serait entendue par quelqu’un d’autre qu’eux. Phil ajoute un peu d’harmonica gouailleur (une deuxième piste d’harmonica a été rajoutée ensuite), et le son de guitare de Dick est inimitable, aussi brillant que fragile. Il sort sa fuzzbox pour la dernière ligne droite, comme s’il venait juste de la remarquer posée par terre devant lui. On peut clairement les entendre rire à la fin.

Get a Buzz est sortie à l’été 1965 en face B du single Cry to Me (la pochette allemande l’orthographie « Get a Buss ») et sur l’EP Rainin’ in My Heart. Le mot de « buzz » refait surface dans leur discographie plus tard la même année avec Buzz the Jerk.

Facebook, 7 juin 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 17

Voici le dix-septième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Havana Bound.

31 DAYS OF MAY : Jour 17. Je pense que quelque chose de plus léger s’impose aujourd’hui, quelque chose qui témoigne du sens de l’humour aiguisé de Phil. Havana Bound vient de l’album Freeway Madness, produit par Wally Waller (sous le pseudonyme d’Asa Jones) et sorti chez Warner Bros à la fin 1972.

Les détournements d’avion faisaient la une des journaux dans les années soixante-dix, ce qui a fourni à Phil le scénario de Havana Bound, une petite histoire humoristique sur un voyage imprévu à Cuba. Phil donne l’impression de beaucoup s’amuser à la chanter, dans un registre plus aigu qu’à l’ordinaire, et de profiter des jeux de mots et autres double sens.

“I was encased in an aircraft
Feeling so sick I couldn’t say
When the cat next to me said,
‘Let’s take it down to Cuba way.’
Well, his manner wasn’t nice
But his hand grenades looked very mean
And the Luger down his trousers
Well, that was twice as obscene.”

On dirait que le détournement d’avion a pris un tour sexuel. Les choses sérieuses commencent après l’atterrissage à Cuba.

“Dr Fidel wasn’t home
So they showed us where the sugar was grown.
Ah, sweet stuff!”

Et le refrain :

“Havana bound

Hijacked by some joker
Took me down to Cuba
Where the grass was green.”

En concert, Phil annonçait toujours le solo de guitare en s’écriant : « Roulez-en une si vous en avez ! »

À la guitare, Pete Tolson a l’occasion de se distinguer sur ce morceau de rock, tout comme le bassiste Stuart Brooks. Havana Bound a persisté dans les setlists du groupe au fil des années, ce qui suggère que Phil l’aimait beaucoup. « Le Luger dans son pantalon était deux fois plus obscène » restera comme l’une de ses meilleures vannes.

Facebook, 6 juin 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 16

Voici le seizième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Can’t Stand the Pain.

31 DAYS OF MAY : Jour 16. Des fragments de cette chanson hantaient mes rêves bien avant que j’entende parler des Pretty Things. La première fois que j’ai écouté Can’t Stand the Pain, un frisson m’a parcouru l’échine et j’ai ressenti comme jamais une sensation de déjà vu. Les accords majeurs-mineurs avec leur touche de réverbération, la guitare bottleneck mélancolique, les claves qui s’abattent comme la pluie, tout cela formait la bande sonore d’un rêve d’enfance. Je me suis immédiatement senti lié émotionnellement à cette chanson et ce sentiment ne m’a jamais quitté.

Écrite par Phil avec Dick Taylor et Bobby Graham, la chanson a vu le jour sur l’album Get the Picture? à la fin de 1965. Les notes à l’arrière de la pochette originale la décrivent en un seul mot : « bizarre ? ». Avec un point d’interrogation. Ça semble très approprié. Comme un rêve surréaliste, elle est bizarre de la meilleure des manières. Elle est tantôt doucement étrange, baignée de brume, tantôt frénétique et paniquée, courant dans les rues en pleine nuit pour fuir Dieu sait quoi.

« From my mind
And from my soul
I feel lost
And out of control.

L’angoisse existentielle, un sentiment que nous avons tous ressenti et que nous ressentons tous plus que jamais aujourd’hui. Un sentiment inéluctable.

« I can’t help it
I can sense it
I know
Where it’s gonna go.
Can’t stand the pain. »

Plus tôt dans la semaine, nous avons eu une longue conversation avec Dick. Pendant plusieurs heures, nous avons parlé de la vie et de la mort, de l’état du monde, mais surtout de Phil, évidemment. Ils ont fait connaissance à la Sidcup School of Art au début des années soixante. Je lui ai demandé si l’école d’art avait eu une influence sur leur approche de la musique. Il m’a répondu sans hésiter : « Énormément. » Cette chanson, chef-d’œuvre sidérant et mystique, en est la preuve.

Facebook, 5 juin 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 15

Voici le quinzième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Death.

31 DAYS OF MAY : Jour 15. Les funérailles de Phil ont eu lieu aujourd’hui, le 4 juin, à 11 heures du matin, dans le Norfolk, en Angleterre. En raison du confinement lié à la pandémie de COVID-19, seule sa famille y a assisté.

“As your loved ones they place
Heavy stones on your face
Your sonnets of life
They are filling the case
High windows inside me
Look down on your face.”

Death, qui conclut la première face de l’album S. F. Sorrow, est l’une des chansons les plus puissantes jamais enregistrées par les Pretty Things. Elle est d’autant plus poignante aujourd’hui. Je me souviens que Phil m’a avoué que les paroles s’inspiraient d’un poème d’Oscar Wilde, qu’il m’a cité (mais j’en ai oublié le titre). Quoi qu’il en soit, elles sont sublimes et déchirantes. La musique est tout aussi sombre, pleine de chagrin et de désespoir, avec ces voix qui soupirent et son rythme lourd et pesant. Le sitar de Jon Povey apporte une touche mystique à cette atmosphère gothique et romantique.

“Changing white fingers
For men in the sand.
Burning bright spears
That you hold in your hand.
Grey children you spawned
They just won’t understand.”

Aujourd’hui, même si vous l’avez déjà écoutée mille fois, prenez quelques minutes pour l’écouter à nouveau, seul, très fort, et ayez une pensée pour Phil May et ses proches.

“As the slow pulse of sobbing
Dries from the sky
My grief in red circles
Surrounding an eye.
Grey child stands looking
And passes on by.”

La chanson s’achève au son des ailes de moineaux qui s’envolent. Un nouveau voyage qui commence. Bon vent, Phil.

Facebook, 4 juin 2020

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