Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 5

Voici le cinquième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Sittin’ All Alone.

31 DAYS OF MAY : Jour 5. Quand j’ai commencé à collectionner les disques des Pretty Things, à la fin des années 70, le seul endroit om l’on pouvait dénicher Sittin’ All Alone était sur l’EP de 1965 Rainin’ in My Heart. C’est clairement un titre obscur, une orpheline, un joyau caché, une récompense pour les vrais aventuriers. Et quelle récompense ! Une ballade profonde, atmosphérique et contemplative, « parfaite pour écouter tard dans la soirée », comme on pouvait le lire sur les pochettes arrière de leurs disques à l’époque. L’euphémisme est subtil… Cette chanson a été écrite pendant l’été de 1965 par Phil May et Dick Taylor avec leur ami Ian Sterling. Le ton de la guitare de Dick est incroyable, avec une utilisation discrète de la distortion et du sustain. Écoutez juste la note basse qu’il joue entre ces deux vers, époustouflante et magique, une chute du ciel vers le caniveau :

« The records I play they make me feel sad.
I’m reminded of times that we once had. »

Ces paroles pleines de larmes sont encore plus poignantes pour les fans des Pretty Things aujourd’hui. Eux aussi sont assis tout seuls, à écouter leur musique en essayant de juguler le chagrin causé par une immense perte tandis que déferlent les souvenirs suscités par ces chansons. Impossible de ne pas adorer les bredouillements blessés de Phil sur ce titre : le chanteur maudit, un peu stone, qui laisse échapper des cris de désespoir çà et là. « Walking by myself, wet streets cry for me. » Les rues désertes servent de décor à beaucoup de ses chansons, comme je l’ai remarqué dans un précédent message. Nous les arpenterons encore avec lui au cours des prochains jours.

Facebook, 24 mai 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 4

Voici le quatrième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Dark Days.

31 DAYS OF MAY : Jour 4. À l’automne 2014, l’avenir des Pretty Things semblait compromis. Phil May était hospitalisé à Londres et on lui avait diagnostiqué un BCPO et un emphysème. Les docteurs l’avaient prévenu : s’il ne changeait pas radicalement de mode de vie, il ne lui restait que quelques mois à vivre.

Et pourtant, l’année suivante, Phil était plus vaillant que jamais. Il avait repris les routes avec les Pretty Things, et cet été-là, le groupe publiait un superbe nouvel album, The Sweet Pretty Things (are in bed now, of course…). Cette guérison miraculeuse était en grande partie due au soutien des autres membres du groupe, de ses amis, de sa famille et des fans. J’ai organisé une campagne de lettres et Phil a reçu des douzaines de lettres d’encouragement de la part de ses fans, qui ne mâchaient pas tous leurs mots. Cette année-là, quand j’ai vu Phil à Londres, il m’a raconté à quel point ces lettres l’avaient ému, qu’il les avait relues encore et encore et qu’elles lui avaient apporté un grand réconfort. Il en citait une de tête : « T’as pas intérêt à clamser, enfoiré, on a besoin de toi ici. »

Dark Days est l’un des sommets de l’album dont je parlais. Écrite par Phil avec le guitariste Frank Holland, c’est une chanson monolithique et menaçante, soutenue par un riff épais à la Led Zeppelin. Les paroles de Phil sont puissantes. Après avoir regardé la mort dans les yeux, il a conscience de la fragilité de la vie et il a l’impression que le monde s’effondre autour de lui.

“Tears flow and they inundate me
When sun dies there’ll be nothing to see
As life fades
You’re almost believing
In these dark days
I feel like it’s all going down.”

Facebook, 23 mai 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 3

Voici le troisième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de It’ll Never Be Me.

31 DAYS OF MAY : Jour 3. It’ll Never Be Me a été enregistrée en 1968, à la même époque que le chef-d’œuvre des Pretty Things S. F. Sorrow. Cette chanson n’est jamais sortie officiellement, mais elle fait partie de celles que le groupe interprète (ou fait semblant d’interpréter) dans le film What’s Good for the Goose (Phil n’est-il pas foutrement cool dans ce passage, avec sa chemise en soie noire et ses cheveux parfaits ?)

It’ll Never Be Me est un parfait exemple du talent de parolier de Phil. Il lui suffit de quelques coups de pinceau pour dépeindre la vie imaginaire d’un individu :

« Sad eyes turn away from the looking glass
Fingers trace the lines of the years that pass
Smears of light upon the lips of someone…
Standing by. »

L’image se précise au fur et à mesure qu’il ajoute des détails. Il s’agit d’une femme en deuil :

« Mother keeps the photograph of a child that’s dead,
The child of the fading name that’s never said
Bright fantaisies of this child’s life are spinning…
‘Round this mother’s head. »

Les harmonies éthérées du refrain prennent un peu de recul, temporairement : « No, it’ll never be me, looking at you that way. »

Les paroles sombres et laconiques de Phil contrastent avec le rythme dansant de la chanson, porté par la ligne de basse épaisse de Wally Waller, et avec le superbe jeu de guitare psychédélique sur deux pistes de Dick Taylor. C’est un paradoxe admirablement construit : la musique exubérante masque le désespoir existentiel des paroles. Un milk-shake à la fraise assaisonné de laudanum.

Le troisième et dernier couplet :

« Face presses against the window of an early train
Arms twist out the message of unspoken pain.
You wipe away a tear and then it starts…
To rain. »

Un autre jour commence. La vie continue.

Facebook, 22 mai 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 2

Voici le deuxième épisode de la série 31 Days of May de Mike Stax, qui parle de Judgement Day.

31 DAYS OF MAY : Jour 2. La sélection du jour provient du premier album des Pretty Things, enregistré à la fin de 1964 et sorti au début de l’année suivante. Judgement Day est l’un des points forts de ce disque, une interprétation sauvage en mode rock d’un titre du bluesman de Chicago Snooky Pryor remontant à 1956. La version originale de Pryor, sortie chez VeeJay, présente un rythme tranquille à la Jimmy Reed, mais celle des Pretty Things lui donne un électrochoc avec un riff saccadé à la I’m a Man / Hoochie Coochie Man. C’est une interprétation torride dominée par la guitare cinglante de Dick Taylor et la basse agile de John Stax. La performance vocale de Phil est incroyable : d’un vers à l’autre, voire d’un mot à l’autre, il passe sans peine d’un ronronnement sensuel à un hurlement sauvage. Par la suite, le producteur Bobby Graham a écrit que lorsqu’il était dans le studio, Phil donnait l’impression de faire une crise d’épilepsie quand il chantait, et c’était sans doute le cas sur cette chanson où il se donne à fond.

« When I’m dead, bury me deep
Tombstone women, head and feet
Fold those arms ‘cross my chest
Tell my daddy that I got a gift.

Phil a souvent changé ces paroles par la suite, en remplaçant « ‘cross my chest » par « ‘cross my crotch », ce qui donne au « Daddy, I’m comin’ » du refrain un tour nettement plus salace. Du pur Phil.

Facebook, 21 mai 2020

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Phil May : 31 jours, 31 chansons, épisode 1

Bonne année 2021 à tous !

On s’accordera tous pour dire que 2020 restera dans les mémoires pour toutes les mauvaises raisons. Avant de lui dire enfin adieu et bon débarras, un petit point sur Defecting Grey. Le site a cru de 40 pages au cours de l’année et en compte désormais 472. Parmi les dernières créations, des fiches sur les EP français et britanniques des Pretty Things, une page sur Think Pink, l’album de Twink qui fêtait ses 50 ans cette année, et une frise chronologique simplifiée de l’histoire des Pretties, parce que je continue à découvrir des extensions de WordPress après tout ce temps. Outre ces nouvelles pages, les anciennes bougent aussi : les chronologies annuelles ont vu l’ajout de nombreuses dates et j’ai enfin rédigé une page digne de ce nom pour S. F. Sorrow, entre autres choses.

Et maintenant, pour inaugurer 2021, quelque chose de différent. En mai dernier, peu après l’annonce du décès de Phil May, Mike Stax, le fondateur de l’excellent fanzine Ugly Things, s’est lancé dans une série de messages sur Facebook intitulée 31 Days of May. Pendant un mois, chaque jour, il a mis en lumière une chanson des Pretty Things avec des commentaires aussi pertinents et informatifs que touchants. Il m’a généreusement permis d’offrir des traductions en français de ces messages sur Defecting Grey. Vous pourrez également les retrouver en VO dans le numéro 54 d’Ugly Things, qui contient un dossier en hommage à Phil May.

Pour démarrer du bon pied cette nouvelle année 2021, la première sans Phil, il y aura donc chaque jour de janvier un épisode de cette série sur Defecting Grey. En voici le premier, qui parle de Growing in My Mind.

31 DAYS OF MAY : Jour 1. J’ai décidé de poster une chanson par jour pendant 31 jours pour mettre en lumière le talent et la magie de Phil May. Je compte bien me concentrer sur quelques-unes des chansons les plus méconnues du répertoire des Pretty Things, comme celle-ci, tirée de leur album de 1967 Emotions. J’adore le ton très intime de la voix de Phil et ses paroles, simples mais évocatrices. On retrouve dans beaucoup de chansons de Phil l’idée de marcher seul dans les rues désertes de la ville, une activité qu’il aimait beaucoup. J’imagine que c’est pendant ces promenades que lui venaient ses idées.

« Morning has its magic as it slides in through my frame
With the first sign of dawn this picture leaves my brain
I search the streets of morning but I never find a trace
Then growing in my mind is the picture of a face.

Facebook, 20 mai 2020

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Mise à jour du 18 octobre 2020

Alors, ce dernier album, vous en avez pensé quoi ? Personnellement, j’ai vraiment apprécié Bare as Bone, Bright as Blood. Il n’a rien de bouleversant, mais je ne crois pas que c’était le but de ses créateurs. Le choix de réduire l’accompagnement au maximum et de proposer des chansons sombres, plutôt blues et folk, sied à merveille à la voix éraillée de Phil May. Comme chant du cygne, c’est aussi beau qu’on était en droit de l’espérer.

En ce qui concerne Defecting Grey, toutes les chansons de Bare as Bone, Bright as Blood ont maintenant leur page sur le site avec l’ajout des pages suivantes : Can’t Be Satisfied, Come Into My Kitchen, Ain’t No GraveFaultlineRedemption Day, Bright as BloodLove in VainBlack Girl, Another World et I’m Ready.

Vous pouvez voter pour vos 3 chansons préférées de l’album dans le sondage, juste à droite !

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Bare as Bone, Bright as Blood : c’est aujourd’hui !

Nous sommes le 25 septembre 2020 et c’est aujourd’hui que sort Bare as Bone, Bright as Blood, le treizième (enfin, c’est contestable, ça dépend comment on compte) et dernier (ça, c’est déjà plus difficile à contester, vu les tristes nouvelles du mois de mai) album studio des Pretty Things.

Je suis sûr que vous aussi, vous avez passé les derniers mois à trépigner d’impatience, d’autant plus que les quelques extraits diffusés jusqu’ici avaient de quoi donner l’eau à la bouche !

Peut-être que vous l’avez précommandé, histoire de pouvoir l’écouter dès le jour J ? Peut-être même qu’il est déjà arrivé chez vous ? (Veinard.) À moins que votre plate-forme de streaming favorite ne le propose d’ores et déjà à l’écoute ? En tout cas, dès que vous aurez eu l’occasion d’y jeter une oreille, n’hésitez pas à laisser un commentaire ici.

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Un nouvel extrait du prochain album

Un nouvel extrait de Bare as Bone, Bright as Blood a été publié hier. Il s’agit de Bright as Blood, une composition de George Woosey, le dernier bassiste des Pretty Things. Contrairement aux deux autres extraits, Phil May et Dick Taylor n’y apparaissent pas seuls, on peut y entendre le violon de Jon Wigg et le banjo de Sam Brother.

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Bare as Bone, Bright as Blood : rendez-vous le 25 septembre

Le label Madfish vient d’annoncer que l’ultime album studio des Pretty Things, Bare as Bone, Bright as Blood, sortira le 25 septembre prochain. Il sera disponible sous deux formats, 33 tours 180 grammes (couleur rouge sang, cela va de soi) ou CD, et vous pouvez d’ores et déjà le précommander en suivant ce lien.

De mon côté, je vous propose sur Defecting Grey :

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Parachute a 50 ans !

Pochette de l'album Parachute.

Oui, c’est en juin 1970 que les Pretty Things ont sorti leur cinquième album, Parachute. Il est souvent considéré comme leur deuxième chef-d’œuvre après S. F. Sorrow et ce n’est pas moi qui dirai le contraire ! Tour à tour raffiné et crasseux, angélique et démoniaque, enthousiaste et désespéré, c’est un de ces albums-monde dans lesquels on pourrait se perdre pendant des jours.

Pourquoi ne pas fêter son demi-siècle en le réécoutant, ou en l’écoutant si ce n’est pas déjà fait ? Ce sera aussi l’occasion de célébrer le talent d’auteur du regretté Phil May, tant ce disque contient quelques-uns de ses plus beaux couplets.

As silver tears they weave and lace sad patterns upon her face, she waits for you. So low below a laser sun, through velvet fields she runs, reaching for you.

Grass
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